La science au coeur d'Aphasix.

10 Décembre 2025
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Carole Rinville
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Lecture de 10 minutes

L'expertise du Pr. Damien Ricard, neurologue et chercheur

Le Pr. Damien Ricard est Chef du service de Neurologie à l'HPIA Percy et Codirecteur du Centre Borelli. Il coordonne le comité scientifique qui accompagne le projet APHASIX. Spécialiste des pathologies neurologiques, il a répondu à nos questions sur l'aphasie et la récupération du langage après un accident vasculaire cérébral (AVC).

Peut-on vraiment récupérer d’une aphasie après un AVC?

Après un accident vasculaire cérébral, beaucoup de patients et leurs proches se posent cette question. La réponse du Pr. Ricard est nuancée mais porteuse d'espoir.

"Cela dépend du type d'aphasie. Après un AVC, certaines zones du cerveau sont détruites. Si l'aphasie touche principalement la partie motrice du langage - le lien entre les sons et l'articulation - les résultats peuvent être excellents. Pour les autres types d’aphasie, des améliorations notables surviennent généralement avec la rééducation."


Le neurologue insiste sur un point fondamental : le cerveau possède une capacité extraordinaire de réorganisation.

"Chez l’adulte, le cerveau peut se réorganiser. D'autres zones corticales peuvent venir suppléer celles qui ont été détruites ou abîmées. Ce travail de suppléance nécessite un engagement de la part du patient pour le travail de rééducation, mais il est possible."


Cette plasticité cérébrale, bien que moins importante que chez l'enfant, reste présente chez l'adulte. Elle constitue la base de toute récupération post-AVC.

L'intensité et la régularité : les clés de la récupération

Comment une demi-heure d'exercices par jour peut-elle suffire ? Le Pr. Ricard apporte une précision essentielle :

"Il ne s'agit pas de reconstruire, mais de créer de nouveaux chemins neuronaux. Et pour cela, l'intensité et la régularité sont déterminantes. Comme tout ce qui est sous-tendu par la biologie, cela se fait par des exercices quotidiens, pas trop longs pour ne pas saturer la fonction ni fatiguer le patient. Une fois fatigué, le travail n'est plus efficace. C'est pour cela que 20 à 30 minutes par jour semblent être la bonne durée."

Une course contre la montre ?

Le Pr. Ricard ajoute :

"Ce qui est fascinant, c'est que si on ne fait pas la rééducation, les zones qui restaient encore intactes et fonctionnelles pour le langage vont être colonisées par d'autres fonctions. C'est la fonction qui entretient les zones cérébrales dans leur intégrité et leurs interconnexions. Sans entraînement, on perd ce qui reste."


Le message est clair : la récupération n'est pas optionnelle. C'est une course contre la montre pour préserver et réorganiser les capacités restantes.

La solution : combiner accompagnement professionnel et auto-entraînement

Le Pr. Ricard préconise une approche hybride :

"Un entraînement quotidien est essentiel. Il est idéalement accompagné par un professionnel, mais on peut prolonger le temps passé avec lui par des auto-exercices."


Le problème ? Les orthophonistes sont peu nombreux et les délais d'attente longs pour prendre en charge les 40 000 nouveaux patients aphasiques chaque année.

Disposer d'outils numériques pour s'entraîner chez soi, entre les séances ou en attente d'un rendez-vous, est aujourd'hui possible et  permet à des dizaines de milliers de patients de retrouver l'espoir.

Prêt·e à faire un pas de plus ?

Des exercices structurés, des instructions claires, une pratique quotidienne:
retrouvez la parole, séance après séance.